Fred et Christophe ont réalisé un tour des stades de Ligue 1 à la rencontre des supporters.

J’ai décidé de les interviewer, car ils rentrent exactement dans les types de personnes que je souhaite réunir via mon site web

 

Olivier (Baroud 4 Sports) : Comment est né le projet ?

 

Fred : Christophe s’était rendu compte qu’il avait fait plus de stades en Angleterre qu’en France. Du coup, je lui ai dit : « Écoute on se prend une carte d’abonnement TGV et l’on se fait tous les stades de France en une saison ». Petit à petit on s’est dit : « On est journaliste donc allons à la rencontre des supporters en en faisant des sujets journalistiques ».

Ça a fait « Supps par Terre » assez vite. Ça s’est fait comme ça. On s’est rendu compte que beaucoup de gens avaient envie de faire ça.

 

Christophe : Dès le premier post sur Facebook, on s’est rendu compte que beaucoup de personnes ont réagi en se taguant en disant : « Regarde, c’est ce dont on avait parlé, c’est trop cool ». Évidemment, on n’a pas inventé le concept du tour des stades.

Ce qui nous tenait vraiment à cœur c’était de rencontrer les supporters, de comprendre ce que c’est d’être un supporter en 2018 et de montrer qu’il y a une multitude de supporters à chaque fois.

 

F : Quand on a trouvé des gens qui avaient fait la même chose et qui avaient publié soit sur YouTube soit des articles, on s’est vite rendu compte que c’était des supporters eux-mêmes qui avaient posté des choses sur leur tour des stades.

Nous on voulait avoir une démarche journalistique derrière, essayer de traiter le sujet autrement et sans être de leurs côtes complètement, en étant bienveillant, mais en gardant la neutralité journalistique même si ce n’est pas facile.

 

O : Vous étiez supporter d’une équipe en mode ultra ?

 

C : Moi je suis supporter de Nantes, mais pas en mode ultra. Pour moi le supportérisme s’est déclenché quand j’ai commencé à aimer le foot. Je viens de Vendée et le club à côté c’est Nantes c’était la période 98-00 ou ça gagnait encore pas mal. Du coup, j’étais gamin, j’allais au stade avec mon frère au contraire de notre père. C’est nous qui l’avons amené au stade ce qui est souvent le chemin inverse des supporters. Et du coup, j’ai toujours eu un intérêt pour la tribune ou ça lançait, ça chantait, mais sans jamais y rentrer. Déjà, il fallait que je fasse une heure de route pour aller au stade et ça passait par un parent qui m’emmenait et ce n’était pas mon père qui aurait été chez les ultras.

 

F : Pour ma part, je n’étais pas ultra. J’avais des a priori concernant les ultras qui ont tous été démontés avec le temps. La seule chose que j’avais faite c’était d’avoir écrit un mémoire sur le traitement du supportérisme dans les médias. On s’est toujours intéressés à l’actualité des tribunes et encore plus maintenant. Ce qui pouvait être un défaut au départ, c’est-à-dire ne pas trop connaître réellement la mentalité ultra, permet d’avoir moins d’a priori et de poser des questions bien plus précises aux supporters. Un ultra ne demandera jamais au capo ce qu’il fait dos au terrain, car c’est naturel. Nous ça ne nous le paraît pas, du coup on a des discussions assez importantes avec eux tout en s’intéressant à eux avant d’y aller pour pas que les fans nous prennent pour des pipes. Mais ça permet d’avoir moins d’a priori et c’était intéressant de le traiter comme ça.

 

O : Vous avez eu des moments ou les ultras vous voyaient comme des pipes ou ce n’est jamais arrivé ? Il y a certains stades où ils voient des personnes qui ne sont pas dans le mouvement, des « touristes », ils peuvent l’avoir mauvaise.

 

C : On s’est toujours présentés comme journalistes, mais ils ne nous ont jamais vus comme des touristes, plutôt comme des observateurs, mais la vraie question c’est qu’en tant que journalistes, est-ce qu’on allait être bien acceptés ? Ce qui n’a pas été toujours le cas. Dans 90 % du tour, ça s’est bien passé même si tu sens toujours ce rapport différent même si on boit des verres ensemble. Il y a toujours le côté convivial, mais on n’est pas potes non plus. On ne l’oublie pas et eux non plus, mais dans l’ensemble ça s’est bien passé. On a passé de très bons moments à Toulouse, à Bordeaux et dans beaucoup d’endroits.

 

F : Difficile de citer un endroit où ça s’est vraiment mal passé. La dernière fois à Metz un ultra nous a demandé les endroits où l’on s’est le plus régalés…

On a fait la Saint Patrick avec les ultras d’Angers, c’était le top, 3 jours à Nice reçus comme des rois, les mecs nous faisaient des pâtes fraîches chez eux, le lendemain après-midi à boire des bières avec le capo et le président.

À côté de ça à Nice, ça ne s’est pas super bien passé en tribune, car des mecs ne savaient pas qu’on était là, et ont fini par capter notre présence et n’ont pas trop apprécié.

 

C : Il n’y a jamais eu d’embrouilles physiques, dès le début du match les gars nous ont demandés « Vous êtes qui vous faites quoi ? ». Ça, on l’a retrouvé aussi à Montpellier.

 

F : Montpellier, ça a été le plus violent !

 

C : Il n’y a pas eu de violence physique, mais des coups de pressions répétés. Même si tu sais qu’il ne va rien t’arriver au final, car les mecs ce n’est pas dans leur intérêt de s’embrouiller avec des journalistes, tu n’es pas dans une ambiance qui est sympa, que ce soit pour taffer ou pour profiter. Car, avant tout on fait le tour des stades c’est un plaisir.

 

F : Pour revenir sur la question de départ sur le fait qu’on nous prenne pour des pipes ou pas, franchement c’est une question que je me pose souvent. Je me demande si les mecs quand ils nous parlent, quels retours ils ont de ce qu’on a fait, de ce qu’on a pu leur dire et la façon dont ils nous ont répondu, est-ce que c’était dans le but de nous balader un peu ou pas ? Mais ça, c’est une question que doit se poser tout journaliste. Mais je pense qu’au final même si des mecs se sont dit “on va leur apprendre un peu la vie”, on a réussi à montrer qu’on la connaît déjà. Et qu’il est difficile de nous avoir.

 

C : Un truc qui nous a aidés c’est les articles au fur à mesure, même si on n’est pas connus. Ils voyaient les papiers, ils voyaient qu’on n’était pas là pour les tailler et que l’on connaît notre sujet sans s’autoproclamer spécialiste de la question.

Au fur et à mesure, certains groupes nous ont dit : « Si on n’avait pas vu vos papiers avant, on ne vous aurait pas parlé », ce qui était le cas à Rennes le week-end dernier.

 

F : On arrive dans des groupes qui nous disent : « Hormis la presse locale et encore », ils ne vont jamais s’ouvrir à d’autres médias et ils s’ouvrent à nous, car on a montré nos connaissances sur le sujet.

 

À Amiens, quand on passe un repas de midi a discuté avec eux les mecs nous disent : « On s’adapte à vous, si vous commencer à dire n’importe quoi et qu’on voit que vous n’êtes pas compétents, on vous aurait répondu de la merde et au bout d’une demi-heure c’était fini » finalement on est restés 3-4 heures avec eux, car ils se sont rendu compte qu’on s’était intéressés à leur sujet et que ça leur plaît. On n’est pas là pour les descendre. Il y a d’autres médias qui leur disent « On va passer la journée avec vous, on va faire un sujet sur vous » et les mecs retournent à leurs rédactions et écrivent un sujet sur la violence alors que plein de sujets ont été traités.

On nous a rapporté deux cas comme cela. Avec nous, ils savent que les mauvaises questions ne vont pas être éludées, on va leur casser les couilles sur des questions épineuses.

Comme à Rennes, on leur a posé des questions politiques sur la tribune. Ça ne leur plaît pas d’y répondre, mais ils savent que leur réponse sera au milieu d’autres choses bien plus bienveillantes. Ça ne sera pas seulement « Ce groupe passe à l’extrême droite ». Quand on écrit à Lille qu’il y a des propos racistes dans leur tribune, c’est un fait. Les Lillois nous ont appelés ils nous ont dit qu’ils étaient très contents de notre papier. Bien sûr, ils n’étaient pas contents de lire qu’il y avait des propos racistes dans leurs tribunes, mais ils ont vu qu’on a mis en perspective. Il y a une minorité de mecs qui lâchent des trucs racistes et ça s’arrête là.

 

O : C’est intéressant ce rapport avec certains groupes, chaque semaine c’est différent avec les différentes réactions vous ne savez jamais à quoi vous attendre.

 

F : En fait, on repart de 0 chaque semaine. Quand on a commencé ce tour des stades, on avait dealé avec Vice.com pour être publié. Ils sont vite revenus après le premier papier pour nous dire : « Oui, si vous écrivez aussi large, ça va se ressembler à chaque fois ». Et en fait ce n’est pas possible que ça se ressemble, car le rapport n’est jamais le même. Tu ne rencontres jamais les mêmes personnes. Ils n’ont pas envie de discuter de la même façon avec toi, ça ne se ressemble strictement jamais. On pourrait coller nos « Dérush » on ne verrait jamais de ressemblances, hormis dans la mentalité où il y a des trucs qui se ressemblent.

Quand tu as une conversation avec 19 mecs différents, tu leur poses la même question et tu auras 19 réponses différentes, c’est comme ça. D’un côté, c’est super intéressant, mais de l’autre ça demande un travail de ouf, car on ne peut pas y aller en disant « C’est bon on s’est préparé une fois on va répéter la même chose que la semaine dernière ». C’est toujours un rapport différent et ça dépend aussi de toi comment tu te sens psychologiquement.

À la base tu y vas pour kiffer et quant à Bordeaux et Angers ils discutent avec toi, t’offres des bières c’est ultra cool. Pourtant Bordeaux, ils sont sous pression, car le groupe a plein de problèmes et ça se ressentait : « Déconnez pas les mecs », ils nous disaient. Mais après ils te parlent et te répondent franchement. Mais c’est toujours différent. La semaine d’après, t’arrives à Montpellier et tu prends des coups de pression. Tu n’es pas préparé, car juste avant tu es bien accueilli, ça fait bizarre.

 

O : Le stade qui vous a le plus impressionné, surpris ? Sans parler de supporters ou de niveau de jeu.

 

C : Le Vélodrome depuis qu’ils ont rajouté le toit c’est incroyable, le bruit reste constamment.

En termes de stade en restant objectif, je pense que le Roudourou nous a bien emballés, le stade était assez cool.

 

F : Je ne suis pas un grand fan des nouveaux stades comme à Lyon ou à Bordeaux. Nice est un peu mieux, mais c’est vrai que le Roudourou est très atypique. Caen aussi à un joli stade.

 

O : La plus belle ambiance ?

 

F : En termes d’ambiance, ce qu’il faut savoir c’est que l’on n’a pas fait que des affiches. Quand tu vas à Geoffroy Guichard pour Saint-Étienne – OM tu as plus de chances d’avoir du bruit qu’à Nice – Angers un vendredi à 19 h.

 

C : Pourtant Nice — Angers on a kiffé !

 

F : On a fait Guingamp — Rennes, Derby breton c’était pas mal même si le KOP rouge ne voulait pas nous parler… Difficile de dire en termes d’ambiance, car on n’a pas vu les mêmes configurations. Marseille — Lille, il y a eu de super moments comme des moments plus mous.

 

C : Mais dès qu’il un « Aux armes » avec les deux tribunes c’est incomparable.

 

F : Si on met en perspective l’affiche, l’ambiance, la santé du club à ce moment-là, le meilleur moment qu’on a passé c’était pendant Saint-Étienne — OM sachant que Saint-Étienne n’était pas encore au mieux dans la saison.

Nantes — Toulouse, belle ambiance, mais grâce au fait que Nantes réalise ce jour-là sa meilleure première période de la saison. Le Kop est porté par cela et du coup ça se ressent. Il y a eu peu d’endroits où on a trouvé l’ambiance difficile, peut-être à Troyes, mais il y a un déluge de fou une heure avant le match. Angers c’est compliqué, mais les mecs fêtent la Saint Patrick donc tout le monde arrive bourré au stade c’est difficile de lancer des chants après.

 

C : La 2e mi-temps de Metz ou la Horda ne chantent plus, car Metz perd 4-0 et ça débâche à la 75e. C’est plus des ambiances lié au jeu que vraiment des moments où il n’y avait pas grand-chose. Si, peut-être la pire à Lyon face à Angers où c’était un public familial, ça ne chantait pas. Les Lyon 1950 étaient en dessous de nous ça ne chantait pas non plus et on n’a pas eu l’accord d’aller avec les Bad Gones.

 

F : Après tu sens qu’un simple chant peut donner une tribune complètement folle. Mais ce match n’a pas attiré les foules. Quoi qu’il en soit, ça ne se résume pas « à Lyon est la plus mauvaise ambiance Ligue 1 ».

 

C : La pire ambiance c’est compliqué, car il y a des matchs, tu vas jouer contre une grosse équipe en pensant que ça va être génial et en fait c’est pourri, alors que des fois comme nous disaient les Toulousains sur des « petits matchs », tu ne sais pas comment ni pourquoi, mais ça se lance bien et au final ça fait une ambiance très sympa.

 

F : J’ai un exemple sur l’ambiance. Tu trouves sur internet des tonnes de vannes sur les ultras monégasques : ils ne chantent pas, ça ne fait pas de bruit, etc. Nous quand on y va, on part sur l’idée d’enlever ce cliché-là, on n’a pas envie de leur taper dessus encore une fois. Ils mangent assez leur pain noir comme ça. On va prendre le côté positif.

Il y a quand même des mecs qui essayent de se bouger et d’être ultras à Monaco alors que c’est hyper compliqué. Au final tu as un stade qui n’est vraiment pas fait pour mettre de l’ambiance, tu es loin du terrain, le stade ressemble à un amphithéâtre ou un stade d’athlétisme.

Tu arrives là-bas, tu te dis ça va être compliqué. En plus, ils prennent 2 buts contre Lyon qui leur coupent les jambes. Au final, ils s’imposent 3-2 et leur noyau était ouf. Ils ne lâchaient rien, ils mettaient l’ambiance. La deuxième mi-temps elle était ouf.

Tu as des endroits tu vas avoir des gros noyaux genre 30-50 mecs qui vont te foutre un bordel en tribune. Quand tu es à l’intérieur, c’est dingue, mais quand tu regardes à la télé ça ne rend pas grand-chose.

C’est ce qu’on a vu à Monaco et Nantes aussi avec les noyaux. Mais à Nantes, les tribunes reprennent un peu plus. À côté de ça, tu as Rennes ou le noyau est moins exalté. Tu as l’impression que c’est toute la tribune qui doit chanter. Du coup si ça chante c’est positif tu as 5000 personnes qui vont chanter, par contre tu deviens hyper dépendant des résultats sportifs et de ce qui se passe sur le terrain.

 

C : Là ou comme à Nice, ça dépend moins. À l’Allianz, tu as Angers qui marque, tu as le noyau qui continue à chanter. À Rennes, quand Toulouse marque, les deux capos se retournent et la tribune ne fait plus un bruit. Les noyaux sont assez importants au final c’est clair.

 

O : La saison se finit, est-ce que vous pensez que le mouvement ultra est voué à disparaître ? On lit pas mal, surtout avec les décisions de justice, les lois, les interdits de stade, que les personnes vont juste consommer du sport et moins supporter. Vous pensez qu’en France on se dirige vers cela ? Le mouvement de supportérisme dans le football en France peut continuer et perdurer ou on se dirige vers un modèle américain c’est-à-dire seulement un spectacle.

 

C : Je pense que c’est une affaire de cycle surtout. Il y a un risque qu’au fur et à mesure les ultras qui ont commencé vers 20 ans, étaient motivés, sont là depuis un moment arrivent vers 30-40 ans, l’âge est important, prennent plus de recul en plus des restrictions, des arrêtés, des interdits de stade, ça va les saouler, ils vont arrêter et au final ils vont partir.

On prend l’exemple anglais où on dit qu’ils ont arrêté les violences en gardant l’ambiance, ce qui est faux, il suffit de se rendre à Old Trafford pour s’en rendre compte.

Mais en même temps, tu vois qu’il y a des retours d’ambiances. Manchester ils sont en train de se dire, il n’y a plus d’ambiance, il faudrait faire quelque chose. On l’a vu avec la ville de Paris, les fans se dirigent vers des plus petits clubs pour assouvir leur passion et peut-être qu’un moment les grands clubs vont se dire qu’il leur faut de l’ambiance aussi.

Je pense que le mouvement ultra est suffisamment libertaire pour continuer à jouer le « sale gosse » et continuer d’emmerder les gens.

 

F : Je pense qu’on est à une période charnière entre deux football, comme dirait Nicolas Hourcade : « Aujourd’hui va se décider quel football on veut ». Est-ce qu’on veut un football américanisé où les personnes viendront voir leur match comme un spectacle avec le petit ballon offert en début de match, la connexion wifi parfaite, pouvoir commander sa boisson à sa place ? Il y a des spectateurs qui recherchent ça, d’ailleurs. Nous, on respecte, mais ce n’est pas notre vision du truc.

La décision est aussi politique, médiatique et institutionnelle. Aujourd’hui au niveau média il y a une prise de conscience sur le traitement des supporters. Avant on disait « Les supporters utilisent des fumigènes, c’est interdit il faut les condamner, ils sont méchants » maintenant c’est plutôt : « Mais pourquoi ils utilisent des fumigènes et pourquoi c’est interdit ? »

Et en fait cette question, tout le monde se rend compte qu’on ne sait pas vraiment pourquoi c’est interdit. Les raisons pour laquelle sont interdits les fumigènes sont des raisons liées à l’utilisation de pétards et de bombes agricoles ce qui n’a plus rien avoir.

D’ailleurs nous quand on nous demande en tant que journaliste de faire un article sur les fumigènes et qu’on nous dit : « Par contre il faut être équilibré, il ne faut pas défendre les fumigènes », on leur répond qu’à part mentir on ne peut pas être équilibré.

Personnellement, j’ai cherché et j’ai trouvé que 2 incidents liés à des fumigènes et 1 seul incident humain depuis 2010.

En vrai, il y a des problèmes liés à l’utilisation d’engins pyrotechniques et non aux fumigènes. Tu as une nouvelle génération de journalistes qui arrivent et qui ont connu les tribunes et qui sont moins fermés, ce qui aide aussi à la remise en cause des médias.

Au niveau politique, ça s’ouvre aussi, les députés sont en train de plancher pour les tribunes debout. Le maire de Saint-Étienne a fait une interview où il disait qu’il fallait commencer à se poser la question du fumigène et trouver un cadre dans lequel l’utiliser. Après c’est des questions hautement politiques, c’est des questions de voix il ne faut pas se leurrer.

 

C : Pour moi, quelque chose que tout le monde doit se dire c’est que les ultras font partie du spectacle. Dans certains clubs, le spectacle se situe en tribune. Je prêche pour ma paroisse, mais à Nantes c’est le cas. Depuis les 5 dernières années, il n’y a pas beaucoup de gens qui venaient pour le spectacle sur le terrain. Mais plutôt pour la Brigade Loire et pour vivre cette ambiance-là.

C’est pareil à Saint-Étienne. Les clubs doivent savoir, et certains le comprennent très bien, que le spectacle est aussi dans les tribunes, des beaux tifos, des fumigènes, et ça, c’est les ultras qui s’en occupent. Si tu as des tribunes complètement aseptisées est-ce que le spectateur ne va pas se lasser ?

 

F : On l’a vu avec Paris. À partir du moment où il n’y avait plus de tribunes actives, ils avaient beau vendre des places à 5 euros il y avait du mal à voir 25 000 personnes. La dernière année d’ibra et celle post Ibra, tu as un potentiel abonné au-dessus de 35 000 spectateurs et tu as des chiffres à la Ligue qui montraient que le stade était complet, mais en fait, tu regardes à la télé, tu voyais un tas de sièges vides. Les abonnés ne font pas tous les matchs de Ligue 1. Toute façon sur le terrain il n’y avait pas de suspens, et les gens n’allaient plus au stade et s’abonnait juste pour voir les matchs de Ligue des Champions.

Il y a un seul endroit où ça n’évolue pas et ça va à contresens c’est au niveau de la Ligue de Football Professionnel qui joue à vouloir se débarrasser de ses supporters. Eux la seule chose qui les intéresse c’est de vendre leur produit Ligue 1. Ils le font en diffusant des vidéos de supporters qui chantent et qui crack des fumis (alors qu’ils interdisent des fumis), mais à côté s’ils peuvent mettre des huis clos partiels à tous les matchs, ils le font.

 

C : Des matchs à 13 heures le dimanche pour le marché chinois… pff

 

F : Cette blague du marché chinois où on nous dit qu’il y a 700 millions de téléspectateurs potentiels et au final il y a 4 millions de Chinois qui ont regardé. Déjà, c’est ridicule par rapport au potentiel, mais en plus les chiffres sont gonflés. Une énorme blague l’effet d’annonce avec Nice — PSG. Et ils vont recommencer avec des matchs à des horaires bizarres entre 2020 et 2024. En fait, on se rend compte que la Ligue est complètement fermée sur le sujet. Ils font la nouvelle programmation des matchs sans consulter aucunement le spectateur. Ils s’en foutent de demander aux personnes : « À quelle heure aimez-vous allez au stade ? ».

Eux ils pensent à quelle heure le consommateur moyen étranger venu d’Asie ou du Moyen-Orient, il va pouvoir s’installer et regarder le match pour ensuite acheter les produits dérivés et augmenter les droits TV dans ce pays.

Ça bloque uniquement à ce niveau et malheureusement c’est la Ligue qui gère le Championnat de France. Pour que la Ligue change de mentalité, ça passera par une prise de position des clubs, mais pour le moment les clubs ont très peur de se mettre en porte à faux par rapport à la Ligue. Le système est à la limite du mafieux. Quand un club va critiquer la LFP, le club peut prendre une suspension, notamment le dirigeant qui a critiqué la Ligue. Du coup, les clubs ne veulent pas prendre position.

Nous on veut faire des sujets sur ça. On les appelle tous les jours, on n’arrive jamais à avoir personne. On leur pose des questions simples, il y a des questions orientées c’est sûr, mais il faut qu’ils s’expliquent sur certains sujets. Nos questions sont simples, on ne dit pas « Pourquoi vous êtes des mafieux, pourquoi vous mentez aux gens ».

On leur demande pourquoi de tels horaires de matchs, comment vend-on un produit en fermant des tribunes ?

C’est des questions que tout le monde se pose. Et les mecs ne te répondent pas. Et quand tu appelles les clubs tu leur dis on va parler de ça, il te dise : « Ah non sujet sensible on va pas vous répondre ».

Le supporter disparaîtra si la Ligue continue dans cette position-là et que les clubs ne prennent pas position. Et si le supporter disparaît, tu fais plus 40 000 personnes au stade, tu ne vends plus ton produit. Les Chinois, ils ont beau avoir créé leur ligue avec plein de stars, personnes achètent les droits de diffusion, car ça n’intéressent personne de voir des matchs dans des stades vides et donc s’ils font ça ils vont vite se rendre compte qu’ils ont fait une erreur et revenir à la base, c’est-à-dire aux spectateurs, aux personnes qui sont fans de foot et qui viennent voir un match de foot pour encourager leur équipe.

 

O : C’est quoi votre prochain objectif ? Il y a aura une saison 2 du tour des stades ?

 

C : Déjà avec la collecte Kiss Kiss Bank Bank (lien ici) ça nous permet de rembourser une partie de nos frais. Il faut savoir qu’on n’est pas payés – ou très peu – pour faire cela. Le but, l’année prochaine c’est d’identifier quelques destinations en Europe (moins de 21 comme cette saison) et partir dans des endroits où il y a des destinations particulières qui méritent qu’on y reste quelques jours et qu’on en parle vraiment. Sinon on travaille aussi sur le projet d’un livre qui doit être une immersion pendant 1 an avec les supporters pour donner notre point de vue sur ce qu’est être un supporter en 2018.

 

F : Avec un livre, on peut plus facilement protéger nos sources, balancer des trucs qu’on a vus et entendus, qu’on nous a dit, qu’on a vérifié, sans mettre en porte à faux un mec. Tout le monde se connaît dans une tribune et c’est compliqué pour eux de parler librement. Du coup, le livre va permettre de ne pas parler d’un club en particulier, mais de pouvoir plus faire connaître ce qu’il se passe dans une tribune ou une association de supporter ou au sein des clubs en général.

(Sonnerie de leur ordinateur)

 

F : La ligue vient pour la première fois de répondre à un de nos e-mails pour une interview.

On ne sait même pas qui nous a répondu il n’y a aucune signature.

À notre question : « Que faire pour améliorer la relation entre LFP et supporter ? » :

« La LFP est partie prenante de l’institution nationale des supporters. Le lien ci-dessus détaille les actions menées au sein de cette instance ».

Des bonnes réponses bien bateaux…

Du coup pour revenir à la question initiale, il y a ce livre, on a déjà signé avec une maison d’édition et effectivement faire une saison 2 en Europe avec un stade toutes les 5 ou 6 semaines.

On a déjà quelques idées notamment des stades que les gens n’ont pas forcément vu ou alors d’une autre façon. Comme le Portugal, on préférera aller à Guimarães qu’à Lisbonne. Car, il faut savoir qu’il y a une grosse culture du club là-bas. C’est la seule ville où il est interdit de vendre un maillot de Porto, du Benfica ou du Sporting. Là-bas, il y a que le maillot du club qui compte et on nous a assuré que l’on ne trouverait aucune boutique qui vend un autre maillot que Guimarães.

 

O : Quel conseil donneriez-vous à des personnes qui aimeraient faire comme vous ?

 

F : Avoir de la thune…

 

C : Ne pas faire ça en période de grèves…

 

F : Le conseil aussi, c’est de rester assez discret et de ne pas se faire griller par le noyau que tu es un inconnu. Ou alors, prendre contact avec les groupes avant en leur expliquant le concept et que tu veux juste kiffer. Ils aiment bien cela en général. Mais bon le nerf de la guerre c’est avoir de l’argent pour être assez tranquille.

Après nous, on l’a fait dans un contexte journalistique, on s’est imposé de faire les 20 clubs de Ligue 1, mais un mec qui fait le tour de France des stades, je lui conseillerai de ne pas se forcer à aller juste dans les 20 stades de ligue 1, mais d’aller voir d’autres stades qui ont leur intérêt aussi.

 

C : On parle souvent de Toulon, Grenoble, le Red Star, Lorient pour ses tifos…

 

F : Ne pas choisir les derbys et les chocs, s’il doit acheter ses places lui-même. Ne pas se dire par exemple, à Montpellier qu’il y a seulement la Butte Paillade, à Lyon que les Bad Gones, essayer de voir les a cotés.

 

C : On a vécu de très bons moments avec des groupes de supporters moins connus. Ne jamais avoir d’a priori, rester ouvert.

 

F : Ne pas y aller en touriste et s’intéresser avant. Être sapé en fonction de la tribune.

À Montpellier, il vaut mieux être en noir qu’en vert. Dans certaines, vaut mieux avoir certaines marques du type Fred Perry ou autre. Ou alors, aller à la boutique du club et acheter un maillot…

 

O : Ça va faire un sacré budget…

 

F : J’ai commencé à acheter chaque maillot au début du tour, j’ai vite arrêté… j’en ai 4 ou 5.

 

O : Est-ce que le football est votre sport favori ?

 

C : Oui clairement, j’aime bien le rugby, mais je reste un rugbyx, je suis seulement les gros matchs… et le tennis, mais de temps en temps.

 

F : Fan de foot avant tout et fan de Ligue 1 surtout. Je préférerai toujours me taper un Nantes – Troyes qu’un Manchester United – Chelsea. Je suis attaché à la Ligue 1. Qu’un match étranger me fasse manquer un match de Ligue 1 c’est très rare, peut-être Real Madrid – Barca et un match important en Premier League sinon toujours la Ligue 1 en priorité.

 

O : Dernière question, si vous aviez un rêve ultime de sport en termes d’évènement sportif à assister ?

 

C : La Coupe du Monde, je crois.

 

F : Ouais finale de Coupe du Monde avec l’équipe de France en finale.

 

C : Une Coupe du Monde dans un vrai pays de foot du genre Italie.

 

F : Moi seulement une finale avec la France, peu importe le pays, ou à la limite une finale de Ligue des Champions avec un club français.

 

O : Le mot de la fin ?

 

F : Ce projet nous tient à cœur de ouf, on est hyper crevés et hyper contents de l’avoir fait et on le referait si c’était à refaire.

 

C : On espère que ça a permis à des personnes qui ne connaissent pas le milieu ultra de se faire leur opinion et d’avoir nuancé certains propos.

 

F : Et maintenant qu’on a œuvré pour la société et son bonheur, on voudrait gagner notre vie maintenant. Si une rédaction pouvait enfin arrêter de nous envoyer « C’est super ce que vous faites » et plutôt nous dire « Et, on a un projet pour vous, on va vous payer pour le faire », ça serait mieux.

On n’a jamais été autant félicité par des rédactions, mais on n’a jamais été si peu payé par des rédactions aussi.

On rend pour finir cette phrase à un grand éditeur qui a refusé notre livre : « Si la qualité se vendait, ça se saurait… »

 

J’ai répondu à toutes ces questions avec un maillot du Sydney FC pour te rendre hommage.

 

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